ÉMERVEILLEMENTS

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Turbulence

1235 Plénitude
1235 Plénitude

Vendredi soir, je suis allé au musée, pour le vernissage d’une exposition de sculpture japonaise-thaïlandaise : rien de très excitant. Décidément, l’art actuel suit tristement les tendances de la socié­té et devient de plus en plus décadent, à se demander s’il est encore approprié d’être un artiste ; je comprends peut-être pourquoi je ne suis plus motivé par la peinture. Mais est-il encore approprié d’être un écrivain ? Sous quelle forme ? C’est une question qu’il faut que je me pose. 

Au musée, je me disais que l’art n’est pas les œuvres exposées, mais les gens, le public, le rituel officiel, avec les discours, le coupage du ruban, les photos, le buffet : la vie, l’agitation, le bruit ; le vernissage comme manifestation, performance. Les autres jours, dans ce musée, c’est le silence, l’absence de visiteurs, l’espace… 

Cette impression, je l’avais déjà ressentie l’après-midi dans le trafic du vendredi, puis de nou­veau au Tsunami, où je suis allé dîner ensuite ; assis à l’étage, j’avais une vue plongeante sur le restaurant : il est toujours très animé, avec, en arrière-plan, la rue et le trafic. J’observais comment tout fonctionne parfaitement et efficacement dans cet environnement en perpétuel mouvement et, semble-t-il, complètement chaotique. Et je réalisais que ma vision pouvait s’étendre à toute la ville et son agitation effrénée et omniprésente du vendredi soir. Ensuite, il y a des moments de calme et de silence relatifs, la nuit ; puis l’agitation reprend progressivement le lendemain matin. 

Le monde entier est comme ça, l’univers ; et aussi l’infiniment petit : la turbulence des particules dans la matière, ou des cellules dans le corps. C’est la nature de la manifestation, sur un arrière-plan immuable de silence, de tranquillité, de vacuité… C’est également l’interrelation, l’« interbeing » comme dirait Thich Nhat Hanh. Voilà ce qu’il faut observer, voilà la pratique, la « vue », et en même temps le wu wei*, car il n’y a rien à faire ; cela se fait tout seul, qu’on le veuille ou non… on n’est qu’une partie du tout !


Wu wei (chinois) : littér. ne pas faire, non-action. Le wu wei est une philosophie de vie prônée par les taoïstes, qui consiste à s’abstenir de toute intention d’accomplir quoi que ce soit. Le pratiquant du wu wei se contente de suivre le flux de la vie en répondant spontanément aux besoins et aux demandes qui se présentent.

 

8 janvier 2012, Chiang Mai

Site créé par Pierre Wittmann